Romain Huteau
 
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Texte de Paul Ardenne

 

D’abord ces œuvres au contenu labile, aussi fuyant qu’allusif, signées Romain Huteau : Mélancolie – un globe terrestre d’écolier, mais à la surface entièrement peinte en noir, ne laisse plus rien voir des découpes spatiales de la géographie du monde; Clôture : une clôture de jardin, de forme rectangulaire, ne ceinture rien, devenue un objet isolé, autoréférentiel, monadique; Cartographie, un rectangle encadré de deux fins liserés, uniformément blanc, évoque l’auteur d’Alice au pays des Merveilles, ce pays de l’imaginaire pourtant si proche du nôtre... Cette Cartographie..., pour seule caractéristique, affiche une indication d’échelle, comme il est d’usage qu’on le fasse pour les cartes : de zéro à l’infini, en l’occurrence. L’œuvre de Romain Huteau se nourrit de pertes, de déficits de sens, d’égarement dans les signes, de prospections-limite, à la lisière de l’explicite et de son contraire, entre visibilité et opacité, apparition et disparition. De façon bien affirmée, dans son cas, l’ouvrage de l’artiste se ferait-il volontiers discret et jamais racoleur ou tonitruant. Il y s’agit de faire état d’une relation au monde incertaine, jamais figée mais pour autant jamais sûre d’elle-même, laissant l’individu définitivement perplexe devant l’ordre multivalent des choses. De l’autre côté du miroir, une offre de nouveau carrollienne par son intitulé, consiste ainsi en l’installation d’un miroir sans teint entre deux espaces d’exposition. Le spectateur qui s’y confronte, bientôt, peut déceler là l’autre côté du miroir, mais alors séparé de lui, signifié par l’allusion à un ailleurs où il n’est pas. Un disque vinyle de type press-test sur lequel rien n’a été enregistré se charge peu à peu, à chaque utilisation, des craquements qu’engendre son usure. Le Bruit blanc qui donne son titre à cette réalisation ne l’est plus vraiment. Quant aux dispositifs de capture sonore qu’affectionne l’artiste, ceux-ci, dans un même esprit de trouble, ont soin de multiplier les atmosphères « entre ». La forme d‘une ville, un intitulé qui évoque le Baudelaire du Cygne et Julien Gracq, que fascinaient les univers impalpables (Le Rivage des Syrtes, Au Château d’Argol...), diffuse dans l’espace d’exposition des sons captés en une multitude d’autres lieux. L’ailleurs projeté dans l’ici, autre part, et pour l’auditeur le sentiment d’une relocalisation bien incertaine. Portrait, autre réalisation sibylline de Romain Huteau, prend la forme élémentaire d’un rectangle noir. Où est passée la figure ? Où donc est la sainte Face? La Nuit remue, disait Henri Michaux. Le travail plastique de Romain Huteau en est comme la quintessence inquiète, glissement du monde vrai à ses sortilèges au risque de la dissolution de l’être, toujours.

Paul Ardenne
mars 2010